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En sabbatique…

20 mars

(Écrit le 17 octobre 2009, 16 jours après mon premier traitement de chimiothérapie du 1er octobre et pas très longtemps avant celui (mon 2e) du 22 octobre.)

Depuis un mois, je vis un tourbillon d’émotions et je prends le temps de réfléchir. Puisque le temps ne coule plus dans le même sablier pour moi, “prendre le temps” fait maintenant partie de mon vocabulaire ma vie. Au loisir d’une marche au soleil ou d’un après-midi bien relax dans un café à siroter mon latte, je tente de mieux comprendre mon nouveau moi, celle qui ne vit plus pour les défis professionnels, celle qui ne vit plus entre deux délais mais plutôt celle qui vit. Point. Un mois et demi après ma mammographie et le début de mon aventure inattendue, je me félicite pour ce blogue. À ce jour, l’écriture joue un rôle crucial, thérapeutique même, car traduire en mots ce que je vis m’oblige à une réelle introspection et me permets d’évoquer ce que par ailleurs je n’oserais aborder en conversation de peur d’ébranler mes proches. Mieux, écrire m’aide à accepter la réalité. J’écris donc des billets intenses, graves, sombres même depuis quelques jours mais, très paradoxalement, je me sens de plus en plus légère. Mon dernier, “La peur”, a retiré au moins une tonne de tristesse de mes épaules déjà passablement sollicitées par la violence de l’épreuve placée sur ma route. Je pense moins, je vis plus et mes larmes semblent moins insistantes.

Lorsqu’elle n’écrit pas sur son blogue, que fait-elle la malade atteinte de cancer pendant son congé d’invalidité? Elle s’entraîne pour se défouler et elle est plus convaincue que jamais des vertus de l’activité physique en général … et de son engouement pour le vélo. Sur le vélo stationnaire, je pense à mon vélo, le vrai, celui dont je rêve pour le printemps, à la route, au soleil de l’été prochain et je me répète, comme un leitmotiv, que c’est justement ma condition physique qui m’aide à traverser les traitements sans trop de heurts. Ma santé physique (sic !) me permet de recevoir le traitement le plus agressif le meilleur traitement possible justement parce que mon corps peut le tolérer… À bien y penser, il me ranime l’espoir mon corps. Bien que la compétition organisée ne faisait pas partie de mes calendriers d’entraînement, c’est par ma propre sueur que j’ai acquis une habileté certaine à persévérer et à donner le meilleur de moi-même. Le vélo et la course à pied pratiqués de façon assidue développent la capacité à la souffrance, à la détermination et à la perséverance. Dans mon cas, cela façonne désormais ma vision de chacun de mes cycles de chimio: un pan de mur à grimper, une poussée à la fois, le nez vers le bitume, la concentration à son paroxysme, je pousse, je tire, pousse-tire, pousse-tire, j’y arriverai au sommet en sachant que la vue vaut bien souvent tous les efforts déployés pour l’atteindre. C’est le prix à payer pour apprécier toute la beauté du paysage. Cette récompense ne s’achète pas, elle se gagne. Souvent durement.

La malade lit beaucoup, de tout, pas trop de journaux, elle ne souhaite pas tout savoir sur le monde entier. Le monde extérieur lui importe bien peu soudainement. Son monde se limite plutôt à son équipe soignante, à sa famille, à son cercle d’amis qui lui offrent tout le support nécessaire et mille et unes attentions. Depuis le 2 septembre, je n’ai pas un livre de chevet, j’ai une tour de livres. Deux,trois livres qui s’empilent sur la table de chevet pour relaxer avant le dodo, des livres qui m’aident à aborder cette nouvelle réalité avec ma Grande, des livres pour enfants, oui (!) mais ô combien utiles pour remettre les événements dans sa perspective à elle. Un livre de salle de bains, Les chroniques d’une mère indigne, exquis. Je ris tout haut à la lecture de certaines anecdotes où je me reconnais… sans trop l’avouer. Et surtout, plusieurs livres dans mon sac à mains pour agrémenter mes après-midi au café. Des livres référant à ma maladie bien entendu. La fille aux neuf perruques que j’ai lu en trois jours dont la première moitié lors d’un après-midi au dit café. Si vous y avez aperçu une fille chauve écraser quelques larmes, le nez plongé dans sa lecture, c’était bien moi. Au hasard de quelques phrases remplies d’émotions, mes larmes montaient d’elles-mêmes embrouillant le reste du paragraphe… Cette lecture demeure capitale pour moi, j’y ai compris que je ne réfléchis pas trop. Non, je réfléchis comme une personne atteinte de cancer. Voilà tout. Anticancer de David Servan-Schreiber qui traite du corps et du moral anticancer et, surtout, de guérison et L’amour, la médecine et les miracles de Bernie S. Siegel que j’amorcerai la semaine prochaine. À la maison, j’ai aussi lu En forme pour combattre le cancer d’Anna L. Schwartz pour finir de me convaincre que l’exercice physique me serait bénéfique même pendant la chimio. Je lis donc beaucoup sur ma maladie qui occupe présentement toutes mes pensées. Il me faut varier les sujets. Mes projets: The Road de Cormac McCarthy et les romans de Marie-Sissi Labrèche.

Quoi encore? La malade écoute des téléséries en rafale, parfois seule mais souvent avec la frangine mais pas de télé dans le sens de zapper. On placote, on rit, on câline la petite dernière qui a quatre mois et demi, on prend le thé. On renoue. Tous ces divertissements servent à décrocher. À ce chapitre, j’évite les drames alors non, je n’écoute pas Lance et Compte… j’ai vu une scène cette semaine et ça m’a suffi. Une Suzie Lambert étendue dans un lit d’hôpital, dans une chambre privée s’il-vous-plaît, habillée d’une jaquette d’hôpital vert malade qui reçoit son premier traitement de chimiothérapie… au papillon! Elle est blanche comme les draps de son lit, elle pleure, elle a tellement peur. Peut-être que ma perspective des traitements est inhabituelle mais bien franchement je pense qu’on y va un peu fort pour dramatiser la situation. Dommage. La télé perd une belle occasion de démystifier le cancer du sein et son traitement. Cela dit, j’ai vu une seule scène alors mon opinion vaut quelques sous tout au plus.

Enfin, elle sort la cancéreuse, elle promène son coco au gré de ses envies. Elle va au cinoche en après-midi pour voir des films français que l’Homme n’irait pas voir avec elle même si elle le lui demandait à genoux. Elle lunche avec l’Homme ou des ami(e)s ce qui la tire du confort de sa nouvelle demeure. Souvent, je rejoins l’Homme pour un moment en sa compagnie et pour chasser les idées noires qui surgissent plus facilement dans la solitude. Aussi, je regroupe des amies pour jaser et, bien sûr, potiner. Les voir me rappelle que je ne suis pas seule quand je grimpe les côtes. Que nombre de gens me tendent la roue pour que j’y embarque dans mes moments de faiblesse. Je roule en peloton bien serré.

Pour se rappeler qu’elle est “en sabbatique”, l’invalide passe des après-midi entiers au café, assise en plein soleil, à siroter un latte en lisant tout ce qui traîne dans son sac à mains. Pour moi, ce flânage au café représente la quintessence de la détente. En plein après-midi, ne rien avoir à faire, pas de réunion qui s’éternise, pas d’appel important à retourner, pas de rencontre inutile avec un patron en mal de déclamer ses connaissances, équivaut à un bonheur sans nom. Véritablement. Étrangement.. À travers toutes ces activités, je marche au soleil, les feuilles d’automne craquent sous mes pas lorsque je passe d’une activité à l’autre. Bizarrement, j’adore la lenteur de ce rythme, j’adore l’absence d’obligation professionnelle. Il fallait bien que je le vive pour croire aux vertus du temps d’arrêt.

Si on vous demande comment je vais; je me porte à merveille, je suis en sabbatique. Mes moments de détente sont entrecoupés de traitements mais, somme toute, je vis pleinement à un rythme qui porte à l’introspection. Et j’adore.

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Oui, mais moi aussi j’ai peur des aiguilles

13 mars

Depuis déjà quelques temps, le grand mal rôdait. Aucun symptôme mais cette bosse au sein gauche. La petite bosse devenant stressante, je pris mon courage à deux mains et obtint un rendez-vous pour une mammographie. Donc, ce mercredi le 2 septembre 2009, je subis cette mammographie. Je tentais de me convaincre depuis quelques jours que l’examen me confirmerait la bénignité de cette bosse. Voyons! Il ne peut que s’agir d’un kyste ou autre “gugusse” du genre. Pas d’antécédent familial, je viens d’avoir 37 ans, je m’entraîne, je bois du thé vert.

La mammographie se déroule bizarrement, la technicienne pas sympa du tout pose une panoplie de questions adoptant le ton de l’Inquisition… “Vous êtes jeune, avez-vous des antécédents? Vous l’avez trouvée comment cette bosse? Ah oui, c’est bien vrai qu’on la sent beaucoup ici. Avez-vous des enfants? Elles ont quel âge?” Elle se permet alors des commentaires sur l’âge de ma première grossesse: “vous les avez eues sur le tard”… Dans ma tête, je lui fais une jambette et elle tombe dans le corridor… Mais elle a le dessus sur moi. Je veux mon résultat “right now”!

Elle me rejette vers ma cabine; une boîte de 2 1/2 pieds de large fermée avec un rideau vert olive, tout droit sorti des années 70. Je me rhabille en silence en attendant le radiologiste qui m’annoncera assurément que tout est “ok” et que je peux partir. C’est ça qu’il va me dire, c’est sûr. Comment pourrait-il en être autrement?

Après une longue attente pendant laquelle le radiologiste fort certainement effectue ses analyses, il m’appelle et  me convoque à son bureau. Il veut procéder à un examen clinique… je commence alors à m’inquiéter. Il semble traiter mon cas plus “sérieusement”. Mon coeur s’emballe un peu. Pendant mon interminable séjour dans la cabine, j’ai entendu deux dames être appelées par la technicienne qui leur a donné leur congé sans plus de cérémonie, le docteur ne les a même pas vues. Mais moi il veut me voir. Pourquoi il ne voulait pas voir les autres et il veut me voir moi? Pas trop jasant, il avoue son inquiétude et décide de procéder à une échographie sur-le-champ. Avec sa face de carême, il m’explique qu’il veut me “donner une réponse” aujourd’hui puisqu’il part en vacances pour 21 jours.

Je passe donc dans une autre salle. Suite à une longue et silencieuse échographie dans une salle trop grande et trop froide, sur un lit trop petit et trop froid avec ce médecin trop sérieux et trop froid, ce dernier conclut sèchement : “c’est une tumeur qui a envahi le ganglion sous l’aisselle”. (…) Selon lui, il me faut rencontrer un chirurgien d’ici mardi. (…) À ce moment-là, tout bascule.

Je pleurerais mais, seule dans cette salle trop froide, je ne trouve pas mes larmes. Je pense à mes princesses mais je reste de glace. Comme la salle, comme la table, comme le médecin. Ève aura 1 an dans 3 jours et Mathilde aura 4 ans dans 6 jours. Je ne pense plus.

Le radiologiste contacte immédiatement mon médecin de famille pour lui expliquer l’urgence de la situation. J’attends sagement les tristes documents qu’il veut me remettre tout de suite. Mon médecin de famille doit les voir dès cet après-midi. Aussi, tous les autres intervenants les voudront aussi pour tous mes rendez-vous à venir. Déprimant constat…

Assise dans cette salle d’attente trop sombre, trop froide, trop moche, je pense à mon amoureux et à mes princesses. Je veux tellement garder espoir. Pas moi, impossible, mes habitudes de vie ne peuvent me mener à “ça”. Mes larmes restent enfouies

Une fois sortie de cette cave à malheurs, je m’installe derrière le volant, l’âme en peine. Tumeur. Chirurgie. Cancer. Dix minutes en voiture: un “blackout” dans ma vie. je n’existe plus ou peut-être que je me sens si vivante, justement.

Arrivée à la maison, les larmes… j’éclate en sanglots. Je prends rendez-vous avec mon médecin de famille pour l’après-midi, j’ai trop de questions pour attendre: la tumeur est-elle nécessairement maligne? Si oui, puis-je au moins espérer qu’elle soit localisée?

Mon médecin de famille quatre heures après la mammographie me confirme que dans mon cas tout indique à la malignité de cette ¢¢!/$/ bosse. Aussi, elle pourrait être localisée mais comme le ganglion sous l’aisselle gauche semble également touché…

C’est donc bien vrai.

Première étape prévue: vendredi 4 septembre 2009, 8h00, rencontre avec un chirurgien à l’hôpital. Rendez-vous en moins de 48 heures, je suis bien entourée.

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