Un million d'humains... et moi, et moi, et moi...

22 mai

Mise en contexte: J'ai écrit ce post le 10 juin 2010. Après. Après tout.

Je réussissais déjà à remettre certains éléments dans une autre perspective. Mon drame en est un. Son drame en est un. Ton drame en est un...

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Depuis lundi dernier, à 15 heures, 36 minutes et 43 secondes au moment où je quittais le bureau de la radio-oncologue, je réintègre le monde des vivants survivants. Lentement, sûrement, vivement. Mais seule, comme une grande. Seule comme dans "avec pas de chirurgien, pas d'oncologue, pas de microbiologiste, pas de médecin qui supporte l'oncologue, pas de technologue, pas d'infirmière, pas d’infirmière pivot, pas de pharmacienne, pas de radio-oncologue, pas de madame qui m’accueille dans tous les départements de l’hôpital". Seule comme dans "je ne sais même pas comment qualifier mon état actuel". En rémission? La médecine ne définit même plus le terme. Pour ma part, je le trouve tabou. Guérie? Pas sûre non plus de la l’utilisation appropriée du mot lorsque relié à la réalité cancer. En voie de guérison? Pourquoi pas? Ça me convient.

Très seule donc et très laissée à mes légers moments d'angoisse. Malgré tout, la sensation est grisante, exaltante, je déborde de sourires. Enfin! Neuf mois plus tard, je fais un pudique pied-de-nez à mon destin. Pudique parce que je ne ressens pas le symptôme d'invulnérabilité associé au syndrome du survivant. Au contraire, si je dois retenir et partager une seule leçon de tout mon périple, que ce soit celle-ci:

"La Vie, parfois subtilement, parfois plus brutalement, ne cessera d'apporter son lot d'épreuves et de combats; au gré de ceux-ci, le choix d'y grandir."

Les défis se succèderont toujours. Sous plusieurs formes. Voici ceux qui ont marqué ma dernière année. À travers eux, un message: je suis là mais chacun y est aussi.

JUILLET 2009

Ce grand ami d'enfance, père de deux belles princesses toutes aussi avides de l'amour de leur papa que mes filles peuvent l'être du mien, amoureux aussi, enfin. De loin, je pense bien observer une famille reconstituée dans la tendresse, je pense bien voir un ami qui goûte enfin le bonheur de conjuguer le calme et la passion. De passion, sa vie est empreinte mais, son bonheur paisible que je pense observer me rassure : il me semble la vivre sa relation heureuse.

Cet homme donc, 38 ans, en plein combat contre la maladie, fatigué, épuisé plutôt, à qui on annonce que sa cochonnerie de cancer a migré vers son cerveau. Plus que quelques semaines à vivre. Un an plus tard (presque jour pour jour), les souvenirs se bousculent encore dans ma tête. Et dans mon cœur.

Le 23 juillet 2009, j'assistais à ses funérailles. L'écho des sanglots de ses filles résonne toujours à mes oreilles et reviendra me hanter. Tout particulièrement lorsque j'apprendrai mon propre diagnostic.

Il s'est battu. Courageusement. A décrit son combat auquel je réfère souvent. Il me laisse en héritage le goût de vivre pleinement, de célébrer la chance de me lever chaque matin.

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AOÛT 2009

L'été dernier, à la maison, je vivais un conte de fées: je préparais mon déménagement pour revenir dans mon patelin, mes deux Princesses à mes côtés, mon amoureux toujours aussi amoureux. Notre histoire sent bon la fleur bleue.

Pour couronner mon bonheur plus que parfait: un nouvel emploi dans mon patelin, du temps pour mon bonheur tranquille.

Au même moment, je lis sur Facebook les commentaires d'une amie lointaine du secondaire larguée par son conjoint malgré les enfants, malgré le temps et les énergies investis pour bâtir une famille. Elle peine à se relever, elle reçoit un coup dur.

Aujourd'hui, je l'ai revue et elle se porte bien. Grandie. Confiante en la Vie et, surtout, en elle.

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OCTOBRE 2009

Pendant ma propre chimiothérapie, des rencontres inattendues dont celle d'un ange du soutien. Elle m'accompagne, notamment, pour me bien regarder une fois le coco bien en vue. Elle me présente son amie, une Dame de cœur, une vraie, qui combattait elle aussi un cancer l'année précédente.

Quelques semaines après cette rencontre, j'apprends que la Dame de cœur est re-confrontée à ce même cancer. Cette fois-ci la douleur, la peur aussi, car les médecins avouent leur détresse face à cette récidive. Son courage nourrit le mien et je cherche son regard et son sourire comme tant de signes que le combat en vaut la peine.

Aujourd'hui sept mois après la récidive, les médecins se déclarent vaincus et la voilà face à sa dernière bataille qu’elle mène dignement. La maladie rend réaliste et rapproche de sa propre fatalité. Elle rend plus mature et permet de faire face.

Elle m'apprend une leçon, la plus importante : la vie c'est la famille.

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NOVEMBRE 2009

Un samedi soir, en plein apéro, des amis qui placotent, des enfants courent partout et elle retentit: la sonnerie du téléphone. Un coup de massue: le mentor de mon amoureux, celui qui prenait toujours le temps de l'aider pour le rendre meilleur dans son métier, n'est plus. Une peine d'amour et une détresse de l'âme le poussaient à commettre lui-même l'irréparable. Mon amoureux perd alors un bon copain d'une façon inexplicable, incompréhensible.

Chacun ses combats, chacun sa façon d'y faire face.

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DÉCEMBRE 2009

Mon amie, la marraine de ma Petite se pointe chez moi pour m'accompagner à mon quatrième traitement de chimiothérapie. Elle m'annonce alors que le mot cancer s'installe dans sa vie à elle aussi... doucement mais sûrement. Pour la période des Fêtes, elle recevra de son dermatologue le cadeau d'une crème pour le visage... une chimiothérapie pour enrayer un cancer de la peau.

Je pleure ce matin là. Elle est courageuse; elle craint la douleur mais affronte son épreuve avec dignité.

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 JANVIER 2010

Elle, celle-là même qui comprend plus que quiconque le sens du mot "amitié", enceinte de quelques mois, est frappée par le destin de l'une des pire façon: elle perd son enfant. Elle m'annonce la nouvelle et, muette, je la laisse parler, il lui faut couler ce chagrin et je tente bien maladroitement de partager son fardeau. Rien à dire, rien à faire, l'événement est plus grand que nature. Son chagrin, si immense, nous pouvons presque le toucher.

Perdre un enfant s'inscrit dans le désordre des choses, le chaos. Impossible de même imaginer l'événement sous quelque forme que ce soit.

Par la force de ses amitiés, elle s'en sortira. Douloureusement mais elle choisit la vie. Sa vie, celle de ses deux trésors, de son amoureux, la sienne.

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FÉVRIER @ AVRIL 2010: Accalmie? Au cœur de mon propre combat, la Vie a donné un répit autour de moi.

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MAI 2010

Cette belle Diane qui me visite ici régulièrement en ne ménageant pas ses compliments ce qui me ranime le courage et me permet de mieux m'apprécier le talent.

À l'aube du mois de mai, là voilà victime d'un très grave accident de moto qui lui coûtera une jambe. Prudente au possible, elle roulait en peloton avec un groupe tout aussi prudent qu'elle lorsqu'une voiture les frappe de front blessant grièvement quatre motocyclistes, dont elle. L'automobiliste ne peut être tenu responsable: pas en état d'ébriété, ne roulait pas à une vitesse excessive, il s'agit bel et bien d'un accident, d'un moment d'inattention, d'un concours de circonstances des plus malheureux.

Un mois plus tard, elle panse toujours ses blessures, on l'aide à réhabiliter son corps mais, elle doit travailler très fort pour demeurer forte dans l'épreuve. Son âme et son cœur, déchirés par l'épreuve, tentent de maintenir la ligne positive.

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Et moi et moi et moi...

1 commentaires

  1. Publié par Tellervo Warelius, le samedi 26 mai 2012 @ 01:12

    Great post, I admire the writing style :) A little off topic here but what theme are you using? Looks pretty cool.

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